Crédit photo : Jean-Claude Aubry

Alain Lezongar

Fils adoptif de Françoise d'Eaubonne

J’ai 20 ans quand je lis, dans Charlie-Hebdo, l’appel à la grève des ventres lancé par Françoise d’Eaubonne. Épaté par les horizons que ce texte ouvrait, j’écris mon enthousiasme à l’autrice. Je n’espère aucune réponse. Peu après me parviennent non seulement une charmante lettre mais aussi un exemplaire dédicacé de son dernier essai, Le Féminisme ou la Mort, dans lequel je me plonge avidement.

S’en suivra une amitié forgée dans des luttes communes, anti-nucléaire, anti-carcérale et anti-patriarcale, et Françoise envisagera de faire de moi son fils adoptif.

Tu seras un homme écoféministe mon fils !

Avec Élise Thiébaut

et Vincent d'Eaubonne

Autrice prolifique et militante infatiguable, Françoise d’Eaubonne est à l’origine de nombreux concepts fondateurs de la pensée féministe, parmi lesquels ”phallocratie », ”sexocide » et ”écoféminisme ». C’est elle qui propose, dès 1974, une synthèse entre la dénonciation l’exploitation de la femme par l’homme et l’exploitation de la nature par l’homme, concept qui sera repris par des militantes du monde entier dès les années 1980 et qui a encore récemment défrayé la chronique à l’occasion de la campagne à la primaire d’Europe écologie les verts. C’est elle aussi qui invite à « reprendre le pouvoir aux hommes » non pas pour le remettre aux femmes, mais pour imaginer « la gestion égalitaire d’un monde à renaître ». La journaliste et écrivaine Élise Thiébaut a plongé dans la vie de cette femme subversive et de sa pensée foisonnante. Ses recherches l’ont aussi conduite dans son intimité. Elle y a découvert un fils biologique, Vincent d’Eaubonne, qui se définit lui-même comme un « dégoupilleur de matrimoine », et un fils adoptif, Alain Lezongar. Leur conversation sera l’occasion de repenser la question de la transmission hors des sentiers battus, en explorant les impensés de l’héritage matrimonial.