Céline Bessière

Professeure de sociologie à l’Université Paris-Dauphine, membre de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (IRISSO), autrice

En tant que sociologue, Céline Bessière étudie les dimensions économiques et juridiques de la famille : transmissions patrimoniales, séparations conjugales, organisation des économies domestiques, division du travail entre conjoint·es, etc. Elle est l’autrice de plusieurs livres : Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités (La Découverte, 2020, avec Sibylle Gollac) ; Au tribunal des couples. Enquête sur des affaires familiales (Odile Jacob, 2013 avec le Collectif Onze) ; De génération en génération. Arrangements de famille dans les entreprises viticoles de Cognac (Raisons d’agir, 2010).

 

Crédit photo : Juliette Fradin

Transmissions patrimoniales : une affaire de riches, une affaire d’hommes

Les inégalités de patrimoine ne cessent de s’accentuer dans le capitalisme contemporain. L’héritage y est pour beaucoup : 10% des bénéficiaires d’héritages et donations reçoivent à eux seuls plus de la moitié du patrimoine transmis en France, participant à la concentration du patrimoine entre les mains de quelques familles riches d’une génération à l’autre. Mais il existe une autre inégalité dans l’inégalité, moins connue du grand public et qui pourtant s’accroît aussi : l’inégalité entre ce que possèdent les hommes et les femmes. Cette inégalité est due en partie aux inégalités de revenus qui persistent, mais elle se joue aussi au cœur des rapports familiaux, au travers des pratiques matrimoniales et successorales. A partir d’enquêtes menées dans les familles et dans les études notariales ainsi qu’une analyse de l’enquête Patrimoine de l’INSEE, je montrerai que malgré un droit formellement égalitaire, les biens symboliquement et économiquement les plus importants (entreprises, biens immobiliers) sont toujours transmis de manière préférentielle aux fils. Quels enjeux en tirer ?